Julien Bouchard, le compétiteur

Julien Bouchard, le compétiteur

Publié le 24 mai 2023

Il a fait de la boxe son sport de prédilection et le sujet de son film de fin d’études. A 23 ans, Julien Bouchard réussit le tour de force de disputer le niveau national tout en nourrissant de grandes ambitions pour son avenir dans l’animation 3D. Entretien.

L’an dernier, tu avais obtenu une troisième place aux championnats de France universitaires de boxe. Te voilà aujourd’hui champion de France dans la catégorie des super-légers. C’est la consécration de combien d’années de pratique ?

Quelques années, seulement. Je me suis mis à la boxe en 2019, en arrivant à Lyon pour mes études. Après avoir essayé de nombreux sports individuels en club, comme l’escrime ou le hockey, je voulais m’inscrire dans un sport de combat. J’en avais déjà fait en loisir, tout petit, avec mon père, qui est un ancien champion du monde de karaté. Il m’a initié à différentes disciplines et aux bonnes valeurs associées, comme le calme et le respect de l’autre. J’ai gardé ça de lui. De ma mère, j’ai hérité son goût pour l’artisanat et les activités artistiques. Elle a toujours fait beaucoup de peinture. Elle travaille aussi le cuir, dans son atelier. Mon parcours de formation tient aussi de ça : CAP de signalétique et décor, puis brevet de métiers d’art en peinture décorative, avant de choisir de me spécialiser dans l’animation 3D. A l’École Émile Cohl, j’ai pu lier mes études et la compétition.

Les enjeux sportifs sont vite devenus importants… Comment les as-tu gérés alors que la formation de Dessinateur 3D demande déjà beaucoup d’engagement ?

C’est une affaire d’occasions et de bonnes rencontres. Un peu par hasard, j’ai poussé la porte du Boxing Lyon United. Il est installé rue Paul Bert, à 10 minutes de l’école. Je me suis tout de suite bien entendu avec mon entraîneur, Kamel Hasni, qui encadre aujourd’hui l’équipe de France. J’ai très vite été dans mon élément. Je lui ai fait part de mes ambitions : rejoindre un jour, moi aussi, l’équipe de France.

J’aime la performance. J’ai du mal à pratiquer un sport simplement pour le loisir… Il a fallu pourtant attendre, car le club refuse d’envoyer les novices en compétition. Kamel Hasni me permettait d’avoir un entraînement quotidien. Mais il fallait que je que quitte les cours un peu plus tôt que les autres. J’ai demandé à la direction de l’école d’aménager mon emploi du temps. Emmanuel Perrier m’a dit « d’accord, si les résultats suivent ». Ils ont suivi.

A cause du confinement en 2020 et 2021, j’obtiens difficilement mes premiers combats. Mais je fais quand même fait une deuxième bonne rencontre : Estelle Mosseley. A l’époque, Estelle était déjà championne olympique et championne du monde des poids légers. Elle se préparait à défendre son titre à Dubaï. Pendant plus d’un an, j’ai été son sparring partner. On s’entraînait occasionnellement à Lyon et à Paris, à l’INSEP, où se préparent les athlètes pour les JO. Les sportifs que vous croisez là-bas sont exceptionnels. Moi, je ne faisais que l’aller-retour. Mais cela m’a conforté dans mes objectifs d’aller le plus loin possible dans la boxe. A l’école, c’est pareil : je vise les meilleurs studios d’animation.

Cette année est celle du diplôme. J’ai encore changé mon emploi du temps et changé de club, aussi. Je suis licencié au Ring Athlétique de Lons-le-Saunier, où je reçois un entraînement intensif tous les dimanches avec Serge Pantel. En semaine, la salle de Lyon reste ouverte, si j’ai besoin.

Parle-nous de ton projet de diplôme ?

C’est un court-métrage d’animation sur un boxeur (forcément !) qu’on va suivre durant toute sa préparation physique et mentale, jusqu’à son entrée sur le ring, le jour du combat. Je raconte tout le travail sur soi-même que le public ne voit pas, les échecs, la douleur, le sens de l’abnégation. L’idée d’abnégation résume tout, pour moi. C’est pourquoi j’en ai fait mon titre en « latinisant » le mot, pour lui donner plus d’impact.

C’est tourné comme un documentaire : le spectateur a l’impression d’être aux côtés du boxeur. Il le suit dans la salle d’entraînement, dans le vestiaire. Pour que les mouvements soient rendus de manière réaliste, il fallait que je puisse filmer les personnages en motion capture. J’ai trouvé une entreprise qui a accepté de m’aider : c’est le studio de production virtuelle SolidAnim, à Angoulême. L’équipe a vu mon animatique et mes concepts art. Elle m’a offert de m’équiper et de m’accompagner pour que je réalise mon tournage durant la période du stage. Bien sûr, c’est moi qui ferai l’acting. A mon retour, le film sera terminé. J’aurai réglé là-bas toutes les retouches de compositing.

J’ai prévu de combiner des effets spéciaux en 2D sur une animation en 3D. Pour faire face à certains détails techniques, je me suis tourné vers un copain de l’école très fort en animation, Haimeric Pays. Haimeric est en 4e année de cinéma d’animation. On s’est connus avant d’arriver ici et on rêve tous les deux de rejoindre Pixar ou DreamWorks.

Tes prochaines échéances ?

Je pars faire mon stage de fin d’études à Angoulême dans moins d’un mois. Et d’ici là, le 27 mai, je serai à Pontarlier pour la finale des championnats régionaux de boxe de Bourgogne-Franche-Comté.

 

Son parcours

 

2016 > CAP signalétique, enseigne et décors graphiques au CFA de Dijon

2018 > Brevet des métiers d’art en décor peint

2018 > Inscription en 1ère année de cinéma d’animation à l’Esma Lyon

2019 > Rejoint l’École Émile Cohl, en 1ère année de Dessinateur Praticien

2020 > Inscription en 1ère année de Dessinateur 3D

2023 > Diplôme visé de Dessinateur 3D

 

 

Julien Bouchard, le compétiteur