Diplômé de la première promotion de Dessinateur 3D de l’École Émile Cohl, Kevin Teau Rose a embrayé sur la création d’un court-métrage,Yona, en duo avec Gautier Alfirevic. Ils co-réalisent à présent leur deuxième court-métrage. Entretien.
Dans le livre de promotion 2017, l’évocation de tes motivations d’étudiant n’indique pas d’emblée un choix pour l’animation 3D : « Un dessin après l’autre, je suis arrivé à Émile Cohl ! ». A quel moment t’es-tu décidé pour la 3D ?
Tout part du dessin, par lequel la représentation d’un sujet est d’abord une démarche d’observation et de compréhension des choses. Personne ne dit : “Moi ? J’ai commencé le dessin à 25 ans, sur Photoshop et avec une Cintiq 24 pouces HD”. Non, pour beaucoup, nous avons commencé à dessiner si jeunes que nous ne nous rappelons pas quand nous avons pris un crayon pour la première fois. Et en ce qui me concerne, je n’ai jamais vraiment arrêté. C’est donc naturellement qu’“un dessin après l’autre”, je suis arrivé à Émile Cohl.
Je considère la 3D comme un outil supplémentaire, une façon différente de proposer des images. Je suis plus intéressé par les images et ce qu’elles nous racontent que par la technique. Et puisque réaliser des films était un objectif pour moi, je souhaitais au moins comprendre le fonctionnement de la 3D pour ne pas m’en priver dans mes futures productions. Mais il reste encore de nombreuses techniques qui me sont méconnues. Qui sait, peut-être y aura-t-il de la motion capture ou de la prise de vue réelle dans mes prochains films ?
Quels aspects de l’animation 3D trouves-tu les plus passionnants ?
Chaque mouvement artistique tire son origine d’une réflexion sur le réel. Comment le représenter, le détourner, l’embellir, le critiquer… Et, selon moi, la technique n’est qu’un vecteur de cette réflexion. Au XIXe siècle, par exemple, la photo a complètement bouleversé le monde de l’art. Si bien que les peintres et les dessinateurs ont dû redéfinir leur art.
De nos jours, c’est le numérique qui est venu bouleverser les techniques analogiques. Je trouve que la 3D apporte une réponse différente aux questions de l’image, similaire à tous les changements qui accompagnent l’émergence d’une nouvelle technique. Et finalement, la 2D et la 3D cohabitent très bien aujourd’hui. Il n’est pas rare d’utiliser de la 3D en faveur d’une production 2D et inversement.
Je crois que ce que je préfère dans la 3D, c’est la même chose que toutes les autres techniques : il est possible d’en faire ce que l’on veut, tant qu’on sait où on va.
Tu co-réalises actuellement un nouveau film avec Gautier Alfirevic. Que préparez-vous ? Qu’est-ce-qui fait fonctionner votre collaboration ?
Pour le moment, nous en sommes au stade de la pré-production et je ne préfère pas divulguer de détails. Disons que Gautier et moi réalisons une série de courts métrages en collaboration avec Eddy et Brunch pour un éditeur de jeu vidéo dont nous sommes fans. Autant dire que nous sommes comme des gamins depuis plusieurs mois.
Concernant notre collaboration, nous sommes amis avant tout, avec autant de rebondissements que peut proposer une relation humaine d’une dizaine d’années. Pour remettre les choses dans leur contexte, on s’est connus à l’école et on a toujours plus ou moins travaillé ensemble. On sortait tout juste de l’école quand on a réalisé notre premier court métrage, Yona. Nous avions déjà constaté notre complémentarité dans le travail depuis longtemps, le succès de Yona n’a fait que nous le confirmer. Puis je suis parti vivre trois ans au Canada (probablement pour me prouver deux ou trois trucs à titre personnel, aussi). Quand je suis rentré, l’envie de réaliser des films, qui ne nous avait jamais vraiment quitté, a refait surface.
Ce qui fonctionne dans notre collaboration, c’est avant tout notre grande complémentarité, notre humour commun, et notre capacité à savoir s’associer et se dissocier quand il le faut.
Penses-tu déjà à ce qui viendra après ce projet ?
Bien sûr. Je vais continuer sur cette voie le plus longtemps possible. La réalisation m’a fait vivre les expériences les plus gratifiantes et enrichissantes professionnellement. C’est aussi de cette façon que j’ai rencontré la plupart de mes amis d’aujourd’hui.
Gautier et moi avons encore plusieurs projets dans nos tiroirs. Et en ce qui me concerne, j’ai aussi quelques idées et envies pour l’avenir. Certaines pourront peut-être me ramener au Canada un jour, d’ailleurs.
L’idéal serait de profiter de cet élan pour continuer à m’amuser et arriver, petit à petit, à concrétiser des projets de plus en plus ambitieux. Je suis curieux de savoir si, sur ce chemin, à un moment, je réaliserai une série ou même un long métrage. Mais j’ai déjà ma petite idée !
Propos recueillis par Sylvie Delaflore